Romantisme et banc public.

     Je n’aime pas le Romantisme. Ni le premier, l’original, celui que l’on trouvait dans la poésie des jeunes allemands. Ceux-ci rêvaient de blondasses diaphanes et finissaient par transformer leurs désirs charnels inassouvis en actes aussi irrémédiables qu’imbéciles. Ni le suivant, porté par des peintres moins déprimés que britanniques. Ceux-là ont noyé de mièvre sensiblerie leurs pulsions hormonales sans avoir le courage de leur discours. Ni le troisième, celui où s’est exprimé le sentimentalisme des génies français. Ces derniers ont perverti leurs talents en  exagérant à outrance leurs sautes d’humeur, au point de devenir les incontestés champions du monde du nombrilisme.

     Ceci étant dit,  c’est l’automne en Bretagne et ailleurs (d’ailleurs). Le retour de la pluie, au lieu de trouver en moi une simple indifférence, a suscité une baisse de moral.  Voilà pourquoi, au lieu de simplement ressortir mon parapluie, j’ai décidé de me laisser aller en exprimant la plénitude de ma peine, l’étendue de ma passion et l’immensité mélancolique de mon malheur humide.  J’ai donc transformé mon agacement au sujet de la perte de mon pinceau en une douleur insupportable, quasi mystique. Puis j’ai vu dans la fin d’Interville un besoin de vachette que Secret Story a bien du mal à combler. Et enfin, j’ai écouté, dans le noir d’une chambre vide, l’intégrale des chansons de Mylène Farmer en pensant au temps qui passe et qui fane les roses. Alors, dans le brouillard naissant d’un torrent de larmes j’ai pu pondre une splendeur littéraire tellement lyrique qu’elle pourra sûrement faire de l’ombre à M. De Vigny.

     La voilà, illustrée par mes soins appliqués :

solitairechou.jpg

     L’homme était sur le banc
     Le front vers ses deux pieds
     Et dans le soir tombant
     L’homme était résigné

Il chantait aux pigeons une chanson sans âge
Où il était question d’une ville noircie
Craquelée morcelée et d’une rue sans vie,
Silencieusement par les rats envahie
     Il ne reconnait pas
     Sa maison d’autrefois

Il criait aux pigeons une trop vieille rage
Qu’il semblait déverser sur ceux-là qu’il savait
Gras de trop d’abondance et si bien abrités
Derrière leurs regards lourds et leurs sourires crispés.
     Il ne reconnait plus
     Les frères qu’il a connu.

Il hurlait aux pigeons dans un autre langage
L’histoire de cette femme qu’il ne revit jamais
Mais dont il rêve encore, en fantôme hébété
Sans but et sans remord, par le métro craché.
     Et sans cesse il attend 
     Son bel amour d’avant.

Il se retrouve ici, au-delà de ses pleurs
Amer déçu, cynique, pauvre marin rêveur
     Sans envie de tempête,
     Sans espoir de conquête.

Alors il reste assis, solitaire échoué.

     Je rajoute pour conclure cette magnifique citation de Cioran dont les œuvres sont à la litérature enfantine ce qu’est le requiem de Mozart pour un DJ de banlieu : « Rater sa vie c’est accéder à la poésie sans le support du talent ».

 


3 commentaires

  1. derouin dit :

    le romantisme est un état d’esprit!

  2. derouin dit :

    le banc public permet à l’esprit de se remettre en état!

  3. derouin dit :

    et de le faire savoir!

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