‘C’est Beau’.

    Si un jour de printemps, en regardant un tableau qui vous plaisait, vous avez exprimé à voix haute ce que vous pensiez tout bas et qu’à la cantonade silencieuse vous avez jeté un retentissant ‘c’est beau’ ; et bien honte à vous, malheureux. Qu’avez-vous donc dit là ? Pourquoi exprimer de manière simple concise et vraie une opinion personnelle alors que vous auriez pu développer une théorie complexe, impersonnelle et absconse sur les vertus philosophiques de la poïétique ? Heureusement que je suis là pour vous éviter de refaire une telle erreur de débutant.

    Heureusement que je suis là ! Et oui, car même si je n’ai pu trouver le formidable ‘Phénoménologie de l’expérience esthétique’ de Mikel Dufrenne,  j’ai quand même terminé son charmant ’Esthétique et philosophie’ (en trois tome s’iou plé, si si) où j’ai trouvé la limpide tirade ci-dessous. Si vous en venez à bout sans mourir de rire, elle vous permettra de tranquillement toiser le péquin lors de votre  prochain vernissage. Elle vous rendra hautain, prétentieux et suffisant ; ce qui est, n’en doutons plus, la meilleure façon de parler d’Art.
‘Car si l’expérience esthétique est celle d’un apparaître, c’est parce que l’être de l’objet réside dans cet apparaître, parce que l’objet est tout entier sensible, tout entier offert à la sensibilité : le dévoilement n’est pas l’acte de l’Être, c’est la vocation d’un être, et c’est pourquoi cet être appelle à ma sensibilité, comme déjà à la sensibilité du créateur pour qui chaque esquisse doit apparaître pour comparaître devant son jugement. ‘ 

    Heureusement que je suis là car je vais vous éviter de vous ruiner. J’ai acheté pour vous ce touchant recueil qu’est ‘Philosophie analytique et esthétique’. Il s’agit de textes rassemblés par la douce Danielle Lories . Un ouvrage moins complet que son émouvant ‘expérience esthétique et ontologique de l’œuvre’ mais j’y ai  trouvé de quoi faire le paon dans le plus mondain des cocktails parisiens. Comme j’ai la générosité d’un pélican un jour de marée noire je vous livre l’extrait en question, il est dû à la plume facetieuse de Nelson Goodman, grand farceur devant l’éternel (et son tonton René) pour avoir inventé l’exemplification métaphorique.
‘Il y a 5 symptômes du caractère esthétique : 1. la densité syntaxique….2. la densité sémantique… 3.La plénitude relative… 4. l’exemplification… et enfin 5. la référence multiple et complexe, où un symbole remplit plusieurs fonctions référentielles intégrées et en interaction, certaine directes et certaines médiatisées à travers d’autres symbole’ 

       Heureusement que je suis là pour vous permettre de draguer les étudiantes en histoire de l’art en paraphrasant ce brave René Passeron auteur, entre autres gentilles choses, d’un étonnant ‘Pour une philosophie de la création’ où j’ai trouvé pour vous cette jolie phrase.
‘S’il y a une paradigmatique du pictural, c’est, si je puis dire, une paradigmatique poïétique perturbée par les interventions successives des peintres.’
 

       Heureusement que je suis là parce que j’ai aussi (re)lu une partie du toujours très drôle ‘Paralipomena, autour de la théorie esthétique’ du truculent T.W Adorno. (Il faut dire qu’avec un prénom comme Thédor-Wiesengrund, on a intérêt à savoir faire rire les copains). A la page 59, il explique mieux que moi pourquoi il n’est pas de bon ton de s’extasier devant un tableau. Et vous pourrez, grâce à moi, facilement jouer le critique vaniteux et fat que nous rêvons tous d’être en susurant cette merveille de simplicité :
‘La crise du sens de l’art, provoquée de manière immanente par l’irrésistible moteur nominaliste va de pair avec l’expérience extra-esthétique, car le contexte intra-esthétique qui constitue le sens est le reflet d’une signification de l’existant et du cours du monde en tant que signifiant d’un apriori inexprimable et de ce fait d’autant plus efficace.’ 

     Bref, le prochain qui dit ‘c’est beau’, je lui botte les fesses, non mais.

 


9 commentaires

  1. Alain Avele dit :

    ton post est d’un esthétisme spatio-temporellement stabilisant dans sa profondeur superficielle et primitivement profonde !!!!
    En trois mots :  » c’est beau !  » :o ))))))))
    bien à toi !

  2. sabine bariseel dit :

    ça me rappelle un kdo fait à une psy au boulot pour son départ:
    3 bracelets d’argent entremêlés, en les découvrant, elle s’est exclamé: « oh! des noeuds borroméens! », et s’est lancée dans une grande explication des théories de Lacan à ce sujet (dans le genre c’est pas mal aussi), nous enjoignant fortement à approfondir tout cela…bref, la super ambiance!!!

  3. yal dit :

    J’ai rien compris, sauf que c’est drôle.
    J’espère que j’ai bon !
    La grande forme, le Pascal!, à bientôt..

  4. klaudandreson dit :

    Sabine : Incompréhensible le Jacquouille ? Certes, mais il le faisait sciemment, lui qui nous a sorti -si vous avez compris, vous avez surement tort-. Au moins le bougre était drôle. De plus, grâce à lui, une génération de farfouilleurs d inconscient a pu jouer à -Jacques à dit- le soir près du feu.

    Alain : Merci, je savais que tu apprécierais.

  5. Ptiluc dit :

    …. oh fichtre !!!! … curieux symptomes de retour de stage !!! je trouve même pas de traduction en ligne …  » c’est du joli !  » … oups !!!!

  6. maggy B dit :

    Comme le remarque Ptiluc, les effets de ce stage sont assez curieux…:-))
    Serait ce l’effet du travail sur le portrait ? Dans ce cas, de portrait en visage, pourquoi ne pas citer Lévinas : « Le visage est ce qui nous interdit de tuer »…(Ethique et infini)

    Quant au grand Jacques : qu’il repose en paix, il n’est pas LA psychanalyse, heureusement, et ses exégètes lui ont fait beaucoup de mal (à Lacan et à la psychanalyse)

  7. klaudandreson dit :

    Yal : Merci pour ton passage, si t’as besoin d’une préface pour un catalogue raisonné. Fais moi signe j’ai du lourd dans la bibliothèque. Du très lourd même.

    P’tit Luc : Ce ne sont pas les symptômes du stage, j’suis en manque de carambars. Quant à -Joli- c’est bon t’y as droit. Mais c’est bien parce que c’est toi.

    Maggy : Tu as raison. Notre émérite professeur de portrait plagiait sans le savoir, ce très cher Emmanuel L. initié aux secrets du dessin : C’est lorsque vous voyez un nez, des yeux, un front, un menton et que vous pouvez les décrire, que vous vous tournez vers autrui comme vers un objet. (ibid page 89). J’avais une telle envie de placer -ibid- que je suis allé jusqu’à retrouver mon exemplaire et je t’en remercie car j’adôôre frimer avec ma bibliothèque bleue.

  8. Nathalie dit :

    Perso, draguer des étudiantes en histoire de l’art, ben, ça ne me botte pas tant que ça… quoique. ;)

  9. maggy B dit :

    Pas vraiment dans le sujet mais j’ai envie de vous faire participer …et puis, c’est aussi de l’eau et des visages. Histoire d’eau donc
    http://vimeo.com/21157000

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