Pancho et la Soubrette (soirée mexicaine 1/3)

   Décidément, rien ne  va plus. Il fut un temps béni où les épouses savaient tenir leur place et les hommes au salon, taiseux et sages, pouvaient tranquillement s’envelopper de tabac. Et bien c’est officiel, les traditions se sont perdues. La preuve : le calvaire subi samedi dernier par monsieur P. et ses amis ; calvaire dont vous trouverez le compte rendu détaillé ci-dessous. Pour d’évidentes raisons de respect de la vie privée, les personnages sont fictifs et toute ressemblance avec la réalité est un pur effet du hasard.

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    Afin de concourir aux phases qualificatives ‘D’un dîner presque parfait’, S. et P. étaient  convenus que la soirée serait mexicaine. Une décision commune, soit. Mais alors pourquoi le gentil P. n’a pas eu le droit de porter sa célèbre moustache à la Pancho Villa alors que cela leur aurait assuré une sacrée bonne note coté ‘animation’. C’est vrai quoi, du temps de nos grand-pères c’est quand même eux qui décidaient de la longueur de leurs rouflaquettes sans subir de dictat esthétique féminin. On m’objectera qu’en ces temps-là, ces messieurs, pour défendre leur famille, allaient mourir dans les tranchés et que cela les autorisait à faire preuve de fantaisie dans leur pilosité. Je rappelle que notre génération souffre l’enfer chaque samedi après-midi dans les allées d’IKEA. Ces combat ci méritent bien une soirée en moustache. Elles ne tiennent plus leur place vous dis-je, les ingrates.

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     Moustache ou pas, P. (dit Pancho) est d’un naturel cruel. Il adore l’idée d’imposer des plats pimentés à des invités trop polis pour refuser. Malgré les brimades capillaires, il était donc de bonne humeur pendant les préparatifs. Il avait passé une matinée entière à se gaver de rugby ; puis en début d’après-midi il avait évité toute forme de bricolage grâce à un impératif besoin d’une sieste méritée. Reste qu’en fin de journée, pleinement reposé, il est passé profiter du spectacle fascinant qu’offrent les femmes au foyer quand elles transpirent au dessus des fourneaux. C’est à ce moment là qu’il a été victime d’un étonnant et brusque accès d’empathie. Accès suffisamment rare pour être noté et qui s’est traduit par un surprenant ‘Chérie, que puis-je faire pour toi ?

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    Il faut parfois savoir se taire me direz vous. Il l’a bien cherché avec ses questions. Que non pas mes braves, que non pas ! Pancho ne prenait pas beaucoup de risques. En effet, treize ans de bévues et d’oublis répétés ont réussi à convaincre sa compagne qu’il est d’une totale inutilité dans une cuisine. A ce propos, nous conseillons à tous les jeunes gars récemment encouplés de pratiquer la bourde culinaire systématique durant les trois premières années de vie commune. Il est aussi souhaitable de ne pas savoir comment marche un fer à repasser. Ces investissements les libéreront de toute tâche ménagère pour les décennies à venir. Oubliez la Rolex, un homme de 50 ans a réussi quand il peut dire :  c’est quoi une buanderie ? Où en étais-je… Ah oui,  ‘que puis-je faire… ?’ Et bien, ce soir là, au lieu du ‘Non, non c’est bon, vas donc faire des aquarelles » ; réponse banale qu’il était en droit d’attendre de la part d’une épouse débordée mais admirative, il s’est vu répondre : ‘Goûte moi ça s’il te plait’.  Vous avez vu le culot qu’ont les femmes d’aujourd’hui ; la formule de politesse cache à peine l’inadmissible impératif. Personne n’est dupe.

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    Ceci dit, à bien y réfléchir, que lui soit dévolu le rôle de gouteur en chef était plutôt flatteur. Sans conteste mérité quand on connait la subtilité de ses papilles gustatives ; mérité mais flatteur. En plus cela lui a permis de rajouter du Tabasco en lâchant un rire sardonique. Vous voyez la méchante reine de Blanche Neige s’agitant dans le noir et vert au dessus de sa marmite, et bien pareil. Franchement : imaginer un hôte les joues rouges et les larmes aux yeux c’est quand même chouette non ? D’ailleurs, depuis, l’ajout tardif d’une dose létale de Tabasco s’appelle le coup du sombre héros. Bref, Pancho avait l’opportunité de réaliser ses fantasmes sadiques et son orgueil était flatté. A tel point qu’imprudent il a enchainé par un ‘autre chose ma soubrette ?’ Et là, le piège s’est refermé. ‘T’as qu’à décortiquer les crevettes’. Notez l’absence de point d’interrogation dans la phrase précédente. Nous sommes entourés de perfides, un point c’est tout.

   La suite dimanche prochain…

 


6 commentaires

  1. Ptiluc dit :

    …. L et L ont lu de concert la tentative du jour ; fait rare car habituellement je me réserve jalousement ce doux plaisir … malheur , ton héros se découvre sous de très vilains traits . Le sang de L n’a fait qu’un tour et se réveillent en elle de vieilles revendications soixantehuitardes que j’avais mis 25 ans à calmer …..suite dimanche prochain !

    PS : j’ai tout de méme eu le droit de garder la moustache , moi !!!

  2. klaudandreson dit :

    Fictifs, les personnages sont fictifs….mais que L. me pardonne par avance la suite à venir.
    Amitiés à tous les deux.

  3. Ptiluc dit :

    … ne te fais point de mouron , mi amigo , tu pourras revenir gouter du houblons sans crainte de represailles … seuls les figurants secondaires ont été reconnus : les crevettes et le flacon de Tabasco !!!
    A
    PS : viva el revolutione !!!

  4. celle qui a... dit :

    …attention, on est dimanche! Je suis sur les starting-blocks… j’attends la suite!

  5. yal dit :

    travail remarquable .. respect .

  6. klaudandreson dit :

    Merci Yal,
    Suis très fier de ton passage sur mon petit blog et reconnaissant pour tes encouragements.

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