Archive pour 23 octobre, 2011

Pablo et la crevette (Soirée mexicaine 2/3)

    ‘T’as qu’à décortiquer les crevettes’ avait-elle dit. Et Pancho était là, telle la poule devant le couteau ; Mais si le gallinacé désemparé est brave, le pistolero désorienté est tout aussi courageux, n’en doutez pas. D’ailleurs, je ne sais plus qui a dit : « Le premier signe de l’ignorance, c’est de présumer que l’on sait. » mais une chose est certaine : Pour un fier mexicain sans moustache, il est hors de question de montrer la plus petite faiblesse ou bien d’avoir un manque de connaissance. Aucun macho ne pourrait admettre une incapacité technique pour une activité habituellement dévolue à la gente féminine ; ainsi, pour notre sombre héros, les premiers signes de son ignorance en crustacés décapodes se traduisirent en une longue lutte épique, une orgie bruyante. Sa présomption se matérialisa en une formidable bataille opposant une horde affreuse de bêtes en carapace et un homme seul, inexpérimenté.

     Ce fut une véritable boucherie. (‘Poissonnerie’ est plus adaptée mais sonne moins bien). Au bout d’un moment, l’homme était là, éreinté par tant de vaillants efforts, les muscles tétanisés, la larme à l’œil, les doigts sales et puants. Fatigué mais victorieux, il était las, disais-je. En fond sonore, la chevauché des Walkyries avait scandé la lente défaite des roses adversaires, plus nombreux certes, mais déjà cuits ; et bien cette musique, doucement, s’estompait. Sur le champ de bataille, dans l’éclairage rouge du soleil couchant, deux tranchées s’observaient ; dans l’une gisait un tas informe de chair éclatée, de corps écrasés, coupés, déchiquetés, une purée visqueuse de boyaux roses et dans l’autre, étalées sans ordre en une mare rouge et blanche se trouvaient des pattes arrachés, des têtes coupées, des carapaces brisées ; dérisoires protections transparentes désormais inutiles. Ce que Pancho vit là c’était le Verdun de la crevette.

     Devant tant de violence, devant tant de désordre, et cédant à l’émotion que ce désolant spectacle provoquait ; de la bouche honteusement crispée du valeureux général sortit alors un cri, un seul : ‘Guernica !’. Vous croyez que pour cette douloureuse éphiphanie et pour les blessures consécutives à sa lutte il eut droit à un enthousiaste remerciement ? Et bien, non : un regard consterné, un sourcil relevé et un « Guernica ? Merci Pablo, souhaitons que tu sois meilleur peintre que cuisinier. »

     A vous de juger….

crevette.jpg     

    Alors d’accord, le cubisme du verre est involontaire mais la crevette est à peu près ressemblante, non ? Et puis de toute façon le personnage fictif, son nom c’est Pancho, pas Pablo. Faudrait pas confondre. Sinon, il va se facher le sombre héros. Compris ?

pancho2.jpg pablo.jpg

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