Pablo et la crevette (Soirée mexicaine 2/3)

    ‘T’as qu’à décortiquer les crevettes’ avait-elle dit. Et Pancho était là, telle la poule devant le couteau ; Mais si le gallinacé désemparé est brave, le pistolero désorienté est tout aussi courageux, n’en doutez pas. D’ailleurs, je ne sais plus qui a dit : « Le premier signe de l’ignorance, c’est de présumer que l’on sait. » mais une chose est certaine : Pour un fier mexicain sans moustache, il est hors de question de montrer la plus petite faiblesse ou bien d’avoir un manque de connaissance. Aucun macho ne pourrait admettre une incapacité technique pour une activité habituellement dévolue à la gente féminine ; ainsi, pour notre sombre héros, les premiers signes de son ignorance en crustacés décapodes se traduisirent en une longue lutte épique, une orgie bruyante. Sa présomption se matérialisa en une formidable bataille opposant une horde affreuse de bêtes en carapace et un homme seul, inexpérimenté.

     Ce fut une véritable boucherie. (‘Poissonnerie’ est plus adaptée mais sonne moins bien). Au bout d’un moment, l’homme était là, éreinté par tant de vaillants efforts, les muscles tétanisés, la larme à l’œil, les doigts sales et puants. Fatigué mais victorieux, il était las, disais-je. En fond sonore, la chevauché des Walkyries avait scandé la lente défaite des roses adversaires, plus nombreux certes, mais déjà cuits ; et bien cette musique, doucement, s’estompait. Sur le champ de bataille, dans l’éclairage rouge du soleil couchant, deux tranchées s’observaient ; dans l’une gisait un tas informe de chair éclatée, de corps écrasés, coupés, déchiquetés, une purée visqueuse de boyaux roses et dans l’autre, étalées sans ordre en une mare rouge et blanche se trouvaient des pattes arrachés, des têtes coupées, des carapaces brisées ; dérisoires protections transparentes désormais inutiles. Ce que Pancho vit là c’était le Verdun de la crevette.

     Devant tant de violence, devant tant de désordre, et cédant à l’émotion que ce désolant spectacle provoquait ; de la bouche honteusement crispée du valeureux général sortit alors un cri, un seul : ‘Guernica !’. Vous croyez que pour cette douloureuse éphiphanie et pour les blessures consécutives à sa lutte il eut droit à un enthousiaste remerciement ? Et bien, non : un regard consterné, un sourcil relevé et un « Guernica ? Merci Pablo, souhaitons que tu sois meilleur peintre que cuisinier. »

     A vous de juger….

crevette.jpg     

    Alors d’accord, le cubisme du verre est involontaire mais la crevette est à peu près ressemblante, non ? Et puis de toute façon le personnage fictif, son nom c’est Pancho, pas Pablo. Faudrait pas confondre. Sinon, il va se facher le sombre héros. Compris ?

pancho2.jpg pablo.jpg

 


6 commentaires

  1. Nathalie paradis dit :

    Plongée avec bonheur depuis quelques jours dans « les mystères du rectangle » je ne saurais que te répéter en beaucoup moins bien balancé, ce que dit si joliment l’érudite Siri…qu’un tableau est un lieu éternel où se perpétue à jamais, mais silencieusement, le cri de la crevette éventrée, son odeur si amoureusement décrite par les Goncourt (il faut que j’arrête avec cette citation qui m’a tant perturbée mentalement…et que je n’ose plus répéter de peur de flétrir ma réputation une fois encore..;mdr)passera le filtre des générations futures, sa chair douce et succulente échappant enfin à la gangue de cette carapace désormais dérisoire abandonnée au bord d’une assiette plate titillera néanmoins nos papilles, à travers la contemplation gourmande de ta charmante aquarelle.

  2. Nathalie Paradis dit :

    je viens de te poster un commentaire dont j’espère que la prose te parviendra malgré la réticence affichée de ton filtre antispam ;)

  3. Anonyme dit :

    Le comportement de notre Moustachu semble un tantinet édulcoré dans ce second épisode ; l’odeur de la marée l’aurait un peu ramolli le bougre !!! … il faudrait pas qu’il finisse sur la plage de Mez ad Aod à repeindre les bunkers en rose !!!
    ….. la crevette , on dirait du « Lesacher » !!!! bravo ;)

  4. klaudandreson dit :

    Cher anonyme, merci. Merci d?être passé et de m?encourager, je suis très fier que vous me compariez à ce cher Yann et je promets un peu plus d?action dans la troisième partie du texte. Si vous repassez dans le coin, laissez vos coordonnées mail, comme tout nouveau flatteur, vous avez gagné une ?tentative?.

  5. klaudandreson dit :

    Chere Nathalie,
    Merci pour ton joli commentaire, content que le livre te plaise et que cette crevette çi soit à ton goût. Quant à la citation de ces coquins de frères Goncourt, disons que si les croyants sont reconnaissants, les pratiquants s?étonnent un peu quand même.
    Pour l’anti spam, il a encore fait son caractériel mais maintenant je filtre tout manuellement.
    A bientôt.

  6. Ptiluc dit :

    …. quel étourdi je fais de ne n’avoir point mis mes coordonnées : le décalage horaire sans doute …. donc désolé mais pas de fan débutant mais un confirmé : consolation , je vais te faire économiser une tentative !!!
    A

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