Archives pour la catégorie … humeur

Le retour de la goutte.

     Désespérant de ne jamais arriver à convaincre le MOMA de virer leur trop plein de Picasserie pour laisser une place à mes œuvres, je suis retourné gagner le pain quotidien à la sueur de mon front fatigué.  Cela m’a donné l’occasion de revoir un bout de Teutonland et de découvrir le charme suave des blagues allemandes.  Heureusement que les bougres font de belles voitures, parce que coté humour, ils ont peu de chances d’être de grands exportateurs. J’ai demandé à mes camarades locaux de traduire la cause de leurs bruyants éclats de rires et des claques qu’ils donnaient à leur panses rebondies. Il s’agissait de l’évocation des malheurs domestiques d’une Gretchen mariée à un plombier et amoureuse d’un parachutiste aveugle.  J’avoue ne pas tout avoir compris mais j’ai quand même réussi à sourire, l’air pénétré. Comme je ne connais de la langue de Goethe que quelques onomatopées issues de la grande vadrouille, j’ai poussé avec conviction quelques ‘Das gut, Ha ! ha ! gut !

     Cela m’a rappelé mes récents malheurs aquatiques et, pour oublier, j’ai noyé mon chagrin dans la bière.

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      C’est vrai qu’elle est Gut !

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Mais qu’est c’est y ?

     Dans l’histoire de l’Art illustrée pour les grincheux et les aveugles il y aura un jour une place pour les peintres du Dimanche. On y trouvera peut-être les aquarelles du prince Charles et celles d’Adolf Hitler ; même si  tous deux sont plus connus pour l’étrange physique de leurs compagnes que pour la profondeur de leur œuvre artistique. On y trouvera aussi, n’en doutons pas, une allusion subtile aux merveilleuses tentatives de Klaudandreson. Ne serait-ce que pour la persistance de ses efforts si ce n’est pour la magie du résultat.  Les critiques d’art, fins connaisseurs, qui choisiront l’exemple ci-dessous avec le discernement éclairé d’un curé dans un bordel devront assumer un choix pertinent qui laissera sûrement le lecteur perplexe.

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     Certains tourneront vite la page pour admirer plus loin les huiles de Mme Bifalou, notaire de bourg en Bresse et spécialisée dans les représentations  de grenouilles au bleu ; une spécialité culinaire locale étrangement méconnue. Qu’importe ! D’autres s’arrêteront médusés pour s’interroger : Mais qu’est ce c’est y donc que c’te chose bleue, grise et blanche ? J’imagine alors les diverses hypothèses : c’est un paysage de montagne à l’envers, des nains en camouflage militaire jouant au cricket, le plan de la gare de Montpellier ?  Un lecteur, plus savant que les autres y verra peut être une tentative abstraite, tendance tachiste, une allégorie sur l’ombre et la lumière. Un autre, plus historien que la moyenne et voulant montrer ses connaissances, notera la date et y verra une composition symbolique sur la fuite de Ben Ali. Seuls mes ayant-droits reconnaîtront le poney de Tante Hélène.

     Parce que je suis magnanime et que je n’aime pas laisser mes visiteurs dans l’ignorance béate d’un participant à un jeu de télé réalité, je vais vous le dire ce que j’ai voulu faire là. J’ai voulu démontrer à tout peintre débutant qui se prendrait pour Georges de La Tour qu’un dessin préalable n’est pas systématiquement un signe de faiblesse et que le monochrome devrait être réservé à Wendy Artin. Elle sait visiblement faire la différence entre deux gris.

     PS : Je vous donne un indice : Na2SiO3 . Ca Si O3 . Al2Oet j’envoie la chose au premier passant qui trouve la réponse et me laisse un commentaire.

Meilleurs voeux.

Ayant fini l’année à faire des gammes en copiant les illustrations d’un livre sur le portrait, il m’est venu une évidence.

 Je souhaite à tout le monde de garder l’oeil ouvert

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et de poser sur le monde un regard curieux

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 Et qu’il vous soit donné d’y voir des merveilles.

 

Velléité et procrastination.

      Dialogue du jour, vieille d’un anniversaire :
La mère :     -‘ Il y a onze ans tu n’étais pas encore née. Maman avait encore son gros ventre… ‘
La fille :    - ‘… et papa n’avait pas encore le sien!’

Le respect se perd, j’vous jure.

 Voilà pourquoi velléité et procrastination sont les maîtres maux de ce week-end. En général, je passe mon samedi à peupler mes  dimanches de velléités, intentions, projets, visées, desseins… mais aujourd’hui, véxé, je procrastine, je retarde, j’atermoie, j’ajourne, je diffère, je sursieds, je tergiverse, je repousse, je temporise….. En gros, je nombrilise. Puisqu’il y a de quoi.

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En attendant le tome 2

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     Il me semble avoir enfin dépassé le king des contours.  Depuis le temps que je surveille ses traces, il était temps. Enfin, soyons précis, il n’y a aucun  doublement artistique, je n’oserais pas. En attendant le tome II, j’ai juste pris un peu d’avance sur la progression géographique de Maître Yal. Et tant pis si il m’en veut un peu de l’avoir précédé sur les granits roses de Ploumanac’h.

      Picturalement, il n’y a pas encore de quoi pavoiser,  mais enfin, pour une fois que je suis en avance, je vais m’en vanter. Et pas qu’un peu. Parce que franchement, ils sont vraiment roses les cailloux du coin, et tout biscornus,  on dirait des sculptures d’Henry Moore en plus gracieuses. Donc, ils sont super durs à faire, surtout sans crayon; et moi, je trouve que je les ai plutôt bien réussis ces tas de bonbons géants longuement léchés par la mer en furie.  Certes, il n’y a qu’à remarquer cet étrange mélange de ciel d’orage et de bleu lagon pour constater que je suis encore loin d’une réussite chromatique qui pourrait faire de l’ombre aux décorateurs de crêperie en mal de tempêtes. Mais quand même,  mon phare se dresse  droit, rose, grand et probablement dur comme le granit dont il est fait. De quoi se vanter, disais-je…

     A  propos de Ploumanac’h, j’y ai appris que la terminaison en ‘ac’h’, n’est pas muette comme dans ‘almanach’ mais qu’elle se prononce ; haut et fort de préférence. Mais attention, à moins de vouloir passer pour un Parisien, il ne faut pas finir en ‘aque’ comme dans ‘tac au tac’,  ni en ‘ache’ comme dans ‘peau de vache’, ni même en ‘Atche comme pour ‘spinach’, (l’épinard anglais) mais en ‘Arrrgh’. En fait, il faut, la larme à l’œil, faire comme un mauvais acteur mimant une mort douloureuse : mettre l’accent tonique en fin de phrase en se serrant la gorge. D’ailleurs, j’ai tellement bien appris ma leçon qu’à chaque fois que je m’extasiais sur le minéral paysage : ‘Comme c’est beau Ploumanaaaargh’, on s’est enquis de ma santé. Comme quoi les douaniers du sentier sont fort charitables, même les barbus.

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Histoire de Bob (journal Italien part 4)

   C’est ainsi que, bêtement coincé, entre M. Van der Struffle d’Amsterdam et les enfants Hammersmith de Basingstoke, je revivais amèrement la construction de la Communauté Européenne. J’avoue avoir souhaité de mes vœux insistants l’apparition discrète d’un car d’helvétiques mollassons. Histoire de remettre un peu de plat dans mon encéphalogramme. Rien ne vint. La Hollande puait, l’Angleterre s’époumonait et le soleil au zénith m’ignorait. Je vivais un de ces rares moments de plaisir que seules les vacances procurent. Je profitais d’un été parfumé à la vanille coco de Maastricht, loin des effluves fleuris de la jolie Bérénice, elle qui éclaire de son constant sourire mes plus tristes lundi matins. Je profitais d’un moment d’un silence Londonien, loin des discrets ronflements du petit Paul qui prend ses pauses près du photocopieur et s’imagine qu’entre le ronronnement tranquille des ordinateurs et le cliquetis régulier de la pendule murale, on ne l’entend pas ’réfléchir’. Je profitais d’autres bruits, d’autres odeurs, d’un exotique bonheur en somme.  

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     Bref, je finissais (presque) paisiblement les œuvres complètes d’Empédocle en essayant de ne pas trop mettre de sable dans mon édition de la Pléiade ; les présocratiques sont fragiles. Lorsque, soudainement, j’ai entendu sortir du flux ininterrompu de billevesées que deux naïades lobotomisées échangeaient près de ma serviette, cette phrase étonnante qui m’était peut être destinée et que je m’empresse de livrer à votre sagacité : ‘Le bob est à la mode cette année’.

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     Mais comment oser parler de mode et du Bob ! Alors que cet accessoire vestimentaire est intemporel comme un  ver de Molière, indémodable comme une chanson des Beatles, indestructible comme une pyramide égyptienne. Hein ? Comment oser médire d’un culte, d’une légende ; iconoclastes éthérées, va ! Comment pouvez-vous douter de la pérennité d’une icône ? Car, oui ! J’ose crier ici, et publiquement (ou presque), le juste courroux que je n’ai pu jeter à vos faces là bas. Jeunes stylistes que le soleil brunit, (Carla en herbe, donc) vous qui vous prétendez les gardiennes adulées du bon goût et qui distillez méchamment, derrière vos lunettes noires un mépris déplacé pour ce magnifique chapeau, vous n’êtes que des incultes. Et toc !

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    Car l’objet est un classique, mesdemoiselles, un des derniers ‘must’ universels, un sublime standard, une merveille en textile. Regardez-le de près, appréciez le raffinement des coutures, le choix des coloris, respectez la légèreté de sa diaphane protection, admirez la douceur de ses formes, la grâce de sa ligne. Il est presqu’aussi élégant qu’un string léopard et quasiment aussi pratique qu’une paire d’espadrilles. Ce n’est pas pour me vanter mais je sais de quoi je parle. J’ai inventé le style B.S.E. (Bob String Espadrille) un soir de 1989 alors que je faisais mes courses au Leclerc de Saint-Tropez. Vous n’étiez peut être pas nées mais vous pouvez me croire, mon allure fit des envieux. 

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     Oui, le bob n’est pas qu’un accessoire mythique, hors du temps et des tendances, c’est aussi le signe de reconnaissance des génies sensibles. Regardez Woodie Allen, il cache un cœur d’or (et de grandes oreilles) sous les plis merveilleux d’un chapeau légendaire. Savoir porter le bob, jeunes dames, c’est faire discrètement étal de son appartenance à l’élite culturelle. C’est afficher sobrement une élégance intemporelle, universelle, quasiment éternelle. Maryline elle-même ne portait qu’un simple Bob et du Chanel N°5 quand elle détourna le brave John Fitzgerald de Jacqueline. Si terriblement commune dans son tailleur rose pale, si vite démodée la Jackie.

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    En réalité, vous n’étiez que des jalouses, condamnée à changer à la fin de la saison votre casquette Dolce & Gabbana alors que j’avais moi-même un extraordinaire couvre-chef. Et quelle vulgarité que vos paillettes vertes alors qu’au dessus de mon front, on pouvait lire l’élégant logo d’une boisson anisée marseillaise dont je tairai le nom. D’ailleurs vous n’êtes pas les seules à envier mon admirable coiffe, elle fait beaucoup d’envieux auprès des bobos parisiens qui me proposent chaque année une somme ridicule pour l’acheter et l’offrir à leur labrador. Mais il n’est pas à vendre mon bob, j’y tiens. Ma calvitie s’y installe progressivement, il a pris la forme du délicat contour de mes oreilles, son ombre protège mes Ray-bans chinoises et ses couleurs fanées me rappellent le camping, la caravane du tour et le temps béni où la médecine moderne n’avait pas perverti le cyclisme. 

L’Angleterre (journal Italien part 3)

    L’été, les Anglais se reconnaissent à l’habitude qu’ont les hommes de mettre des chaussettes sous leurs sandales et au fait que les femmes, même passablement saoules, ne renversent jamais leur bière tiède sur leur minijupes. Comme il faisait trop chaud pour macérer du houblon, c’est la tenue vestimentaire de Monsieur qui m’a permis de deviner le pedigree de la bande. Le gracieux tatouage de Madame qui ornait son épaule osseuse d’un poétique  ‘Fuck the Queen’ m’ayant quand même mis sur la voie. Parce que hein, qui d’autre qu’une grande bretonne oserait afficher si tendrement et si définitivement son patriotisme républicain ? Hein, qui d’autre ? 

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     Quoi qu’il en soit, à partir du moment où l’on ne parle ni de rugby, ni de morale utilitariste, je supporte assez bien la présence des anglo-saxons à mes cotés. Républicains ou pas. Pourtant, ce jour là, j’acceptais mal les hurlements des trois petits rouquins. Il faut dire que ces derniers,  non contents de faire fuir les mouettes par leurs stridents beuglements, prenaient un malin plaisir à arracher les pates d’un petit crabe innocent. Quand on dit qu’elle est perfide Albion, on oublie qu’elle peut être cruelle. Or, je ne supporte pas que l’on fasse du mal à un animal. En particulier lorsqu’il est doté d’une carapace rouge vif parfaitement assortie à mon épiderme estival. C’est une solidarité de juilletiste dont je suis assez fier, même au mois d’Août.

             Je pardonne à tout un chacun d’être exagérément fier des prouesses de ses enfants. J’ai moi-même un film d’une princesse de 5 ans jouant « au clair de la lune » sur une ¾ queue qui tremble sous les applaudissements. Mais quand même, avouez que c’est faire preuve de mauvais goût que d’encourager, par un rire gras, ses enfants à continuer le démembrement systématique d’un crustacé décapode. Parce que c’est ce que fit le père, si, si ! Démontrant ainsi qu’on a beau aimer les chaussettes grises et les Bürgenstock, l’humour anglais est en perte de vitesse. Quant à Mummy, vacillante mais prudente, elle faisait preuve d’une indifférence surprenante en observant d’un regard vide, probablement du à un excès de Cherry, les doux jeux de ses mâles. Le flegme Britannique incarné.

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           Comme j’ai autant de courage qu’un colonel pygmée et que j’avais franchement peur du regard éteint de la tatouée, j’ai renoncé à réclamer moi-même un peu de clémence animale. Je me suis contenté de souhaiter que M. Van der Wurts leur demande gentiment d’aller jouer un peu plus près de la falaise. J’imaginais vicieusement, un dialogue entre mon gros voisin et les gringalets. L’involontaire teneur martiale du langage du premier, mal comprise par la bêtise cruelle des seconds, tout cela aurait vite déclenché une nouvelle guerre des Boers. Ce n’est pas que j’aime les guerres, même entre imbéciles bruyants, mais j’avoue que je me voyais déjà, rapace tranquille et bienheureux, le sable crissant sous mes pas, allant de ci de là pour achever les blessés et m’arrêtant la main sur le front, sous un soleil de plomb, pour compter avec délectation les morts ; le tout dans une plage enfin silencieuse. Cela dit, M. Van de Bruye dormait. Sourd et lâche comme un tribunal international. 

            Je subissais la joie des mioches tout en pensant au supplice du crabe. Moi qui hurle dès que je m’ôte un poil du nez, je n’osais imaginer l’ablation d’un membre entier. Si j’avais eu la moindre once de bravoure, j’aurais repris ce qu’un compatriote valeureux avait dit un jour fameux : ‘messieurs les Anglais tirez (vous) les premiers’. Mais je suis bien trop couard pour affronter à la fois trois rouquins surexcités, une tatouée passablement éméchée et un costaud en chaussettes. J’envisageais donc la fuite. San vito morne plaine. Et puis, le miracle a eu lieu. Un peu comme si le Maréchal Grouchy n’avait pas raté son rendez-vous à Waterloo. Tout à coup, Riri, Fifi et loulou se sont enfuis, laissant sur le sable chaud, les traces d’un massacre vite oublié. Il faut dire que Daddy avait déclaré que c’était l’heure du Tea et qu’il y avait sûrement un truc appétissant pour un londonien de 10 ans, genre corned beef au beurre de cacahouète. Et puis d’ailleurs, ca tombait bien, les crabes n’ayant jamais plus de dix pattes. 

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La Hollande. (journal Italien part 2)

     Il est assez facile de reconnaitre un Hollandais sur n’importe quelle plage ;  à condition qu’il parle. En réalité, il a souvent un physique quelconque… Quelconque mais grand. Grandement quelconque, quoi ! Il voyage généralement en caravane, apporte ses courses pour éviter de faire marcher le douteux commerce local et ne photographie jamais de coucher de soleil sans y coller sa blonde au premier plan. Comme tant d’autres, il bronze mal et ne le sait pas. Il ressemble donc à n’importe quel barbare nordique assoiffé de lait et de bicyclette. En revanche, il parle une langue très distincte, et pour tout dire, affreuse. Elle est parsemée de sons gutturaux compliqués et déplaisants. Les voyelles trainantes semblent se battre contre des consonnes étonnamment éraillées. De cette lutte chaotique s’échappe parfois une syllabe prononçable… mais rarement. De plus, le batave parle vite, très vite, au point qu’il semble toujours encourager les teutons de passage à aller, dare dare, envahir la Pologne. Passé la puberté, il s’exprime sur un volume sonore qui surprendrait même les plus sourds des retraités parisiens qui pourtant ne ménagent pas leur efforts pour vous ruiner la sieste. Imaginez un engin de chantier au démarrage… pareil. Paradoxalement, l’aspect cruel de ce langage, son débit rapide et la forte intensité sonore qui le caractérise, tout cela reste présent quelque soit le sujet de conversation. Ainsi, les écouter tendrement discuter de poésie romantique, c’est comme entendre un berger allemand colérique sodomiser un caniche nain. 

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     Vous comprenez pourquoi, lorsque mon voisin a poliment demandé à son épouse d’aller lui quérir une noix de coco, j’ai rapidement deviné son lieu de naissance. Tous les baigneurs voisins, moins au fait des mœurs néerlandaises, ont cru qu’un dictateur irascible répudiait définitivement une épouse infidèle. Beaucoup se sont tu, certains ont tremblé. Par solidarité une dame a pleuré. Mais, que nenni mes braves, rassurez-vous. Certes, la bonne Dirkje a quitté l’ombre du parasol familial, mais elle souriait, docile. Donc, elle reviendra. Voilà pourquoi, alors que tous, la voyant marcher dans le sable la tête basse, la plaignaient un peu, j’étais le seul à appréhender son retour et l’effrayante conversation qui, inévitablement, allait suivre. Pour peu qu’il la remercie. Ce dont il est capable.

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     Ignorant les regards désapprobateurs dont il faisait l’objet et histoire d’oublier sa solitude soudaine, Monsieur van Kjuite s’est badigeonné avec application et insistance d’une épaisse crème blanche. Puis il s’est posé sur le dos dans un grand souffle de satisfaction. Craignant d’engager un insupportable dialogue, je n’ai pas osé lui faire remarquer le manque de régularité du coloriage de son épiderme. Et puis de toute façon j’ai une petite tendresse pour les zébras rouge et blanc. Il est donc resté là, une bande rouge, une bande blanche, une bande  rouge dessinées sur son ventre mou. Un cône de Lubeck fondu.

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     Emanant de la crème solaire, une forte senteur de vanille a progressivement envahi mon air marin et je me suis demandé ce qu’allait donner, dès le retour de Teuntje, l’apport olfactif de la noix de Coco. Après le cauchemar de mes oreilles, je vivais ma première angoisse nasale. Mais voilà ; effrayant idiome, fluorescence alternée et mélange d’effluves exotiques, j’ai tout su ignorer. Pourquoi ? Mais parce que la silhouette impressionnante de son abdomen me cachait gentiment l’immense foule amassée entre nous et la mer et que cette foule, redoutant une autre altercation verbale, se taisait respectueusement. En fait, grâce à cette masse rayée, parfumée et isolante, j’avais l’impression d’être Robinson Crusoé lisant à l’ombre d’un rocher des Antilles. 

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     Merci M. Van der Waals. 

Journal Italien.

    Victime consentante d’une promotion inattendue et qui m’a demandé plus d’efforts que prévu, puis bienheureux vacancier sicilien, j’ai dû m’absenter un long moment de l’espace virtuel. Pour me faire pardonner, je vous livre quelques unes des pages de mon journal italien. Croquis rapides et méchanceté gratuite, désolé mais ça soulage.

     Première exemple ci dessous : me v’là trop pressé pour suggérer du texte sur le journal et le pauvre papi, si concentré pourtant, passe pour un illettré. Je m’en fiche, de toute façon j’aime pas les moustachus.. (Sauf Georges Brassens)

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La vengeance des huitres

    Ah les huitres ! Quand je pense au premier naufragé, passablement affamé, certainement réduit à lamentablement sucer les rochers et qui s’est résolu à éclater une pierre pour ensuite déglutir avec avidité le reliquat de morve de phoque qu’elle contenait, et bien, je le maudis. Sans lui et sans son camarade bouffeur d’oursin, nous continuerions à paisiblement massacrer des thons rouges et des baleines sans autre alternative marine.   

     Voyez vous, quand j’observe ces hordes de pseudo gourmets qui m’imposent à chaque réveillon leurs bruyantes lampés je ne comprends pas qu’ils accompagnent systématiquement cet étrange rituel de béates acclamations de bonheur. Car franchement, en plus d’être laide et de sentir mauvais, l’huitre n’a pas bon goût. Sinon, pourquoi sommes nous contraints de badigeonner ce mollusque verdâtre de jus de citron ou de vinaigre, si ce n’est pour en oublier l’odieuse odeur et d’en masquer le goût. Hein, pourquoi ?  

     Et puis, manger des huitres, je le rappelle, c’est quand même avaler un être vivant. Avaler un animal sans avoir la mansuétude de l’occire proprement, ainsi qu’on le fait pour les lapereaux ou les agneaux. Manger du vivant, vous dis-je, sans même la générosité de le jeter dans l’eau bouillante comme pour les homards dont on sait maintenant qu’ils ne rosissent pas de plaisir. Je comprends mieux qu’on essaye d’oublier notre innommable cruauté en se noyant résolument dans le bourgogne aligoté.   

     Qu’importe la cruauté puisque l’huitre est niaise et insensible, me diriez-vous. Mais qui sommes nous pour nier leur intelligence quand on voit ce qu’il se passe dans les fermes télévisées. Quant à leur sensibilité, je suis sûr qu’elle est supérieure à celle de n’importe quel fabricant de foie gras.  

     Heureusement, les huitres savent discrètement se venger de cette affreuse humanité. Chaque année, au beau milieu du génocide de la Saint Sylvestre, alors qu’elles s’exposent les tripes à l’air, dans l’attente désespérée des premiers assauts des langues roses et molles qui les contemplent avec envie, elles célèbrent silencieusement les anonymes héroïnes qui ont gagné leur ultime bataille. En effet, à chaque réveillon, plusieurs centaines d’humains imbéciles, maladroits et avinés finissent aux urgences avec, planté dans la main gauche, un petit couteau qui traverse un vieux torchon.Mais l’idée de ces rares et inutiles victoires, ainsi que l’espoir de provoquer une indigestion ne sont pas leurs seuls réconforts. Et oui ! Quel bonheur pour elles de savoir que leur mode de vie tranquille inspire une génération de Gothiques hirsutes et malodorants dont la laideur extérieure n’a d’égal que la viscosité intérieure et qui, comme elles, font un art majeur de l’avachissement mou.

     En hommage à mes amies les huitres, gentils mollusques marins bivalves, dont j’admire ouvertement l’influence sur le genre humain, je dédie cette merveille grisâtre. 

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