Archives pour la catégorie … picturales

Le retour du Yeti

 neige2.jpeg    

 Ou comment rater une perspective !

     Que cela serve de leçon à tous les prétentieux qui, comme moi, inondent de leurs œuvres virtuelles un internet innocent déjà bien chargé d’anonymes atrocités. Oui, que cela nous serve de leçon à nous, les pseudo artistes nombrilistes et egocentriques, que cela nous éclaire sur le chemin de la gloire universelle tant espérée. Oui, il ne suffit pas de choisir un sujet facile et de limiter le nombre de couleurs, il est aussi préférable que les éléments épars d’un paysage réaliste soient correctement dimensionnés entre eux.

     Alors d’accord, il y a sûrement quelques génies contemporains convaincus de la justesse de leur interprétation et de leur brillante originalité. Ceux là dessinent des enfants aux profils de hiéroglyphes perdus dans de gigantesques paysages urbains surdimensionnés, ils ont suffisamment le sens des affaires pour exagérer le décalage entre personnage et paysage.  Il décalent à tel point que le premier alcoolique mondain venu peut s’extasier tout son saoul sur les mises en évidence symboliques qui, en faisant paraître minuscule le bambin, démontrent la puissance destructive de la ville. Ils décalent tellement que la subtile déconstruction de l’espace sautent aux yeux innocents d’un oligarque égaré dans une galerie parisienne. Fragilité, modernité et vodka. Et puis tout ce beau monde se souvient des perspectives volontairement biscornues d’un hollandais à moitié sourd ou des gentils dessins d’un fameux douanier. Douanier qui, en imitant les dessins de leurs enfants, voulait certainement séduire de jeunes et sensibles mamans, mais c’est une opinion très personnelle.  Donc, quitte à se rater, le faire complètement et exagérément. C’est d’ailleurs ce que disait Gérardo di Gérardo, architecte de la tour de Pise, à qui l’on reprochait d’avoir un patronyme tout aussi redondant que ridicule.

     Bref, je voulais faire de ce paysage enneigé une oeuvre aussi parfaite qu’un dessein de Materazzi, ce Florentin anonyme inventeur méconnu de la perspective en 1260, mort sur un coup de tête. Mais non content d’avoir  badigeonné un ciel lourd d’improbables conséquences, j’ai rajouté un personnage. Aie, la bourde ! Pourtant, j’avais cru bien faire en choisissant une couleur aussi terne que le reste des bois de ces lieux. Tout compte fait, j’ai commis deux erreurs. Pris d’un étrange élan de générosité, j’ai tenu à en faire part aux amateurs modestes et curieux qui peinent dans l’anonymat et la simplicité, cela leur évitera une cruelle déconvenue dans l’éventualité où ils souhaitent illustrer leurs prochaine balades en raquettes.

     Première erreur :  les poteaux d’une palissade, une fois correctement enfoncés dans le sol, se doivent d’arriver à la mi hauteur d’un agriculteur standard ou au niveau de la tête d’un ruminant paisible et européen (Article 22-B de l’édition 2003, Les Palissades et la Politique Agricole Commune).  En aucun cas les grillages enneigés n’atteignent les mentons des voyageurs. Je précise que les seuls barbelés connus pour ne pas respecter cette norme internationale, entourent les goulags russes et sont, pour le coup, nettement plus hauts. C’est Soljenitisyne qui le dit, pas moi…. Dire qu’il m’aurait suffit d’un peu d’expérience agricole et de deux lignes horizontales pour toucher le sublime. C’est balot, non ?

 perspective.jpg

Quant à ma seconde erreur, tous les unijambistes vous le diront : on ne saute pas à cloche pied dans la neige. A moins de chercher à amuser un  Yeti en colère…

L’avant…

     Décidément, le portrait, pfuuff …. Mais alors, pourquoi s’entêter (c’est le cas de le dire) et vouloir faire des visages à tout prix ?  Tout simplement parce que le carnaval de Venise manque d’originalité, que les fleurettistes bougent trop vite et que si je fais des apiculteurs, cela ressemble à des extraterrestres manchots.

ruche.jpg

     La première à pâtir de mes illusions fut la petite Zoë. J’avais dessiné son charmant visage en me disant que les parents sont toujours ravis de voir leur fille. [Conseil N°3 de l’aquarelliste amateur : savoir choisir un public facile]. De plus, je pensais  que la petite était trop jeune pour avoir développé un réel sens artistique. Il se trouve que non, elle a du goût me dit-on. J’imagine donc qu’elle va refuser de me parler jusqu’à sa majorité. En plus, comme les parents sont sympas, ils vont sûrement faire encadrer ce portrait là, et il est donc à supposer qu’un artisan de Valence (encadreur de son état) va bientôt changer de métier. Que tous me pardonnent, cela partait d’un bon sentiment. 

vincentetzoe.jpg

     Ma victime suivante fut mon ‘tomodachi’, Tagaya san. Alors que j’avais choisi une photo où il présente un port de prince et un regard altier, j’ai transformé sa belle allure en une souffrance secrète et son écharpe colorée en la minerve d’arlequin.  Pas étonnant que cet ami là soit reparti au Japon. 

tagayasan.jpg

     Devant le risque évident de voir progressivement s’éloigner mes proches, je me suis lancé dans le personnage connu. Le ‘people’. La conclusion est effrayante : Albert Einstein à l’air d’un clochard fatigué, Albert Camus a le nez d’un petit cochon, Staline louche mais c’est bien fait pour lui, Gandhi a enfin pris les trente cinq kilos qu’il méritait, Sigmund Freud ressemble à un danseur mondain à la retraite, et Bob Marley à Doc Gyneco, quant à Barack Obama, il me fait penser à ce président d’Europe centrale victime d’un empoisonnement. Que du Bonheur.

portrait002.jpg

     Les personnages connus ne semblant pas me réussir, je me suis lancé dans l’anonyme. J’ai profité des soldes pour croquer monsieur tout le monde et ses enfants.  Avec ma première petite fille, j’ai l’impression d’avoir vanté les mérites de gilets gonflables alors qu’il s’agit d’un anorak. Pour la seconde : -70% pour le couvre chef, cela semble à la hauteur des approximations. Quant au troisième croquis, je précise à l’intention des plus jeunes que c’est un téléphone que le monsieur colle contre son oreille et non pas un pommeau de douche. Si, si même qu’il y a un fil au bout !

portrait001.jpg

     Voyant que je n’avais de succès ni avec mes amis ni avec les célébrités ni avec les anonymes et histoire d’expier définitivement, je me suis lancé dans l’autoportrait. Une coquetterie d’adolescente amoureuse et boutonneuse m’avait jusqu’ici empêché de m’afficher publiquement. C’est chose faite. Et tant pis pour ma réputation.

portrait003.jpg

     Devant le résultat, j’ai essayé de me cacher au milieu d’un groupe hétéroclite composé d’un texan chevelu, probablement alcoolique, d’un mexicain pervers, d’un prisonnier joyeux-joyeux, d’un rabbin très sérieux, d’un tycoon hongkongais, d’un marin  russe ressuscité et du premier punk afro-américain. Mais rien à faire, je trône au centre tout en couleur et c’est moi le plus effrayant du lot. Ah ben oui, ca fait peur ! Hein ? Surtout les dents ! Oui, oui, je sais, et pourtant je n’en ai pas rajouté. Un peu déplacé peut être, et encore, pas de beaucoup. C’est mon orthodontiste qui va être content, lui qui s’était donné tant de mal pour aligner tout ca. Pareil pour la barbe, quand je pense que j’avais choisi cette photo pour cacher mon regard, masquer mon double menton et me donner un air viril. Viril, tu parles j’ai l’air d’un tueur en série d’un épisode de Derrick.

     Et ben tant pis, je persiste. Mince alors, si Léonard de Vinci y est arrivé, y’a pas de raison que j’échoue en si bon chemin. D’ailleurs, en Février, je vais aller apprendre à dessiner des portraits auprès d’un maître confirmé (*), genre ceinture noire septième dan, mais en dessin. Il est capable de faire des enfants avec des yeux qui ont l’air d’y voir et je le soupçonne de n’avoir jamais humilié de dentiste. J’ai le fol espoir qu’il saura me conseiller. D’ailleurs, le premier qui dit que je ne peux que m’améliorer je lui envoi mon mexicain. Bref, voilà pourquoi j’ai intitulé ce post ‘l’avant’. J’ai en effet, la ferme intention de poster un ‘l’après’. Vous serez juge du caractère irrémédiable de ma médiocrité ou du génie de mon futur professeur. Souhaitons lui bonne chance.

(*)  Je préfère taire son nom par mesure de prudence mais vous trouverez le lien ci-dessous à droite, appréciez par vous-même.

Bonne Année 2010 !

champagne02.jpg

 

Croquis de vacances.

     Profitant de la douce fraîcheur du sud de la France où j’avais emmené mes filles juste après Noël, nous sommes allés nous promener avec mes parents sur les rivages de mon enfance.

croquisdramont03.jpg 

     Nous nous sommes attardés au Dramont où mon père et moi avons pu comparer les architectures respectives des phares bretons et des sémaphores méditerranéens. Les gens qui voient dans les grands cylindres qui décorent les cotes de Bretagne un hymne à la virilité des pêcheurs de Harengs devront nous expliquer ce qu’ils perçoivent de l’anatomie méridionale dans l’aspect trapu de ce bâtiment là. 

     Quoi qu’il en soit, j’ai pu revoir cette île étrange dont la tour ne garde désormais rien d’autre que quelques oursins fatigués.

croquisdramont02.jpg

    Je me suis souvenu d’avoir, pour séduire une belle, inventé l’histoire invraisemblable de l’évasion d’un gorille fou. A la fin de l’été 1937, l’animal, échappé de la résidence d’un riche émir, serait venu, à la nage, se refugier dans ces lieux mystérieux. Cette évasion rocambolesque aurait inspiré à Monsieur Hergé son ‘ Île noire ‘ . La belle me crut et je la voyais mienne. C’est alors qu’un camarade, moins romantique mais plus costaud que moi, vint me détrôner. Le fourbe déclara que le fait divers qui s’en suivit et qui conte les malheurs du gardien de l’époque aurait été la source d’une des plus belles chansons de Georges Brassens. Alors qu’elle admirait mes connaissances, elle a ri de sa répartie et… avec lui partit. Depuis cette époque, je suis un guide touristique frustré et un faux érudit déchu mais je sais pourquoi la chanson populaire terrasse toujours la littérature enfantine dans le cœur des suédoises. Ces souvenirs là serviront de mise en garde à mes petites blondes : ne jamais faire confiance aux gars du coin (drôles ou pas), ils ne sont que la source cruelle des chagrins d’amour estivaux.

     Un peu plus haut, la grande esplanade commémorative accueille une barge militaire échouée

croquisdramont.jpg

     Elle est un peu trop pimpante pour évoquer l’horreur de la guerre mais suffisamment massive pour effrayer les mouettes. Par respect, ces dernières n’osent y déposer la moindre fiente et se retiennent tout l’hiver pour lâcher, dès le printemps venu, tout ce qu’elles peuvent sur les rares touristes teutons qui sont (re)venus poser leurs serviettes de plage et leur fesses blanches sur ces galets sacrés. L’épave de métal a beau imposer une lourde présence grise et laisser supposer que sa gueule fermée abrite encore les cris effrayés des soldats d’autrefois ; les enfants du voisinage semblent insensibles à cet hommage silencieux . Ils patinent en douceur entre les drapeaux et les souvenirs, ou font des courses de trottinettes pour étrenner leurs cadeaux de Noël. Mon père a raconté à ma plus grande fille, l’histoire de ces combats. Elle a semblé émue. La plus jeune, dans la voiture, boudait un peu. Cela m’a fait penser à l’apophtegme préféré de Jacques Chirac : Cela m’en touche une sans faire bouger l’autre.

    Pour conclure, une grave réflexion le croquis de voyage : Et, si, au lieu d’un lieu de bataille j’avais traversé la méditerranée pour y faire, tel un orientaliste du XIXe siècle, le croquis de quelques maghrébins, aurais-je alors été un croque maures ?

Idolâtrie et mercantilisme.

      Ah, si j’étais le nouveau Van Gogh, j’aurais sûrement fait le sacrifice de mon oreille pour m’éviter la dure tâche de surveiller une descendance turbulente. J’aurais volontiers troqué une après-midi de baby sitting contre une si prolixe schizophrénie. Peut être aurais-je alors peindu des maisons de guingois, des lits de biais et des ciels parsemés d’étoiles trop jaunes. Mais surtout, surtout, je me serais certainement épargné des centaines de pages de lectures enfantines sirupeuses et des heures de vidéos débilitantes. Pourtant, j’ai facilement renoncé à une fortune facile et une place dans l’Histoire de l’Art contre l’amour inconditionnel que me portent mes filles.

     Mais pourquoi diantre, me diriez-vous ? (surtout si vous parliez comme Monsieur de la Rochefoucauld). Et bien d’abord, sachez que je ne doute pas d’avoir un talent au moins égal à celui de ce bon Vincent ; talent dont je profite à moindre frais puisque je ne suis ni hollandais, ni schizophrène (enfin je crois). Ensuite, sachez que c’est par intransigeance artistique que j’ai choisi l’âpre chemin de la pauvreté alors qu’il me serait si facile de faire fortune en peignant des tomates et des vues de Venise. Quant aux maisons, lits et autres étoiles qui sont le signe d’une imagination débridée, et bien, il suffit de connaître mon logis pour comprendre que j’ai déjà ma dose de planchers inclinés. Par ailleurs trois bières suffisent pour que ma couche, libérée du néo-conservatisme orthogonal, se mette étrangement de travers. Enfin, ceux qui m’ont entendu déblatérer sur Marie George Buffet et la couleur des étoiles savent bien que seules les vraies naines rouges m’agréent. En conclusion, c’est parce que je suis certain de mon talent présent et de ma fortune à venir que j’ai allégrement abandonné mes velléités artistiques pour me consacrer à l’éducation picturale de ma progéniture.

     Bref, tout ca pour dire, qu’histoire de soulager M. Disney, j’ai organisé la semaine dernière, avec mes deux  merveilles, une séance de peinture à l’eau. A la fin de l’après midi, nous avons troqué nos chefs d’œuvre. Alors que la plus grande m’offrait timidement des roses délicates qui auraient fait pâlir d’envie Maire Laurencin, la seconde me donnait, avec une fierté justifiée, une œuvre abstraite qui alliait la justesse chromatique de Kandisky à la liberté créatrice de Miro. De mon coté, et pour leur faire plaisir, je me suis fendu des deux pitoyables dessins ci-dessous. Ils sont supposés représenter leurs idoles respectives :

blagues.jpg

blagues02.jpg

     Vous noterez que je n’ai pas totalement réussi à cacher ce sacré coquin de Charlie entre deux piètres imitations de mes idoles personnelles : Yann Lesacher  et Jean Louis Morelle. J’avais passablement copié le chat du premier et méthodiquement massacré un pas à pas du second, mais que les deux me pardonnent ; cela m’a valu une belle série de bises. Quant à Diddle, certes, il me reste encore à améliorer mon rendu des volumes mais j’ai réussi à ne pas dépasser et cela m’a permis de pleinement profiter d’un regard admiratif et d’un sourire merveilleux. 

     Croyez-vous que Picasso ait pu en dire autant quand Ambroise Vollard lui achetait ses œuvres ? 

Des avantages du monochrome.

venise.jpg

     Dès que mon dernier chef d’œuvre a été terminé, j’ai immédiatement cherché un titre permettant de sublimer son élégante évanescence. J’ai tout d’abord pensé à  ’Ménage à trois’,  en hommage à tous ces gondoliers italiens qui doivent supporter les bécotages incessants de vieux amants en villégiature et qui ne peuvent jamais les noyer. J’en connais qui, à force de subir des visions mielleuses de couples enlacés en sont venus à souhaiter le prompt retour de Visconti et de ses vieux pervers en phase terminale (*). Ceci dit, à propos de ‘ménage à trois’, je préfère laisser cette brillante idée à la prochaine technicienne de surface Troyenne qui voudra se lancer dans une aventure entrepreneuriale.

     C’est alors qu’il m’est apparu que cette magnifique vue de Venise avait été réalisée à l’aide de deux couleurs et de deux couleurs seulement. Je pouvais très naturellement prétendre l’avoir fait volontairement. (En réalité, j’avais opté pour ces nuances parce qu’il m’en restait un peu ; suite à une après-midi passée à massacrer le portrait d’un âne dans un soleil couchant).  C’est pourquoi j’avais imaginé que ’Cité lacustre violette et grise’ pouvait coller. Mais cela manquait un tantinet de prétention, c’était trop direct, presque une laplissade, en tous les cas, pas assez capilotracté à mon goût.  

     Je me suis alors penché vers l’ésotérisme chromatique (j’ai pas dit érotisme !!).  Les deux pigments en question ont sûrement des noms savants plus évocateurs que « Violet » et « Gris », mais en tout honnêteté, je n’ai jamais pu me rappeler du moindre nom propre, alors l’appellation officielle des petits carrés de ma palette… . Bref, en authentique coloriste amnésique sur le difficile chemin d’une gloire indiscutable et méritée,  j’ai finalement opté pour « bi-chrome adriatique ». Je pense que c’est suffisamment pompeux pour impressionner un éventuel commissaire priseur.

     Vous noterez quand même que si j’avais vraiment laissé libre cours à mes deux talents principaux : radinerie et fainéantise, j’aurais fait un truc monochrome. Ben oui, quoi ! Le monochrome c’est quand même moins compliqué que toutes ces histoires de jaune et de bleu qui font (presque) du vert. Mais surtout, surtout, c’est deux fois moins cher que le bi-chrome. Ce n’est pas pour dire mais, sérieusement, vous avez déjà regardé le prix d’un tube de peinture ! C’est plus cher au kilo qu’une truffe italienne et je ne vous parle pas de la Cicolina ! Mais non, je plaisante, bien sûr… le prix des médias importe peu quand c’est un génie qui s’exprime, enfin, voyons. Et puis, si vous passez votre vie dans des palaces à manger des omelettes aux champignons et que vous avez gardé de votre enfance une tendance à mâchouiller vos stylos bic et à suçoter vos pinceaux, vous saurez, comme moi, que le gris de Payne et la truffe italienne sont tout aussi dégueulasses.

     Voilà, tout ca pour dire que je ne suis pas encore sur la voie du progrès mais que j’y travaille.

(*) PS : A propos de Mort à Venise, je voudrais quand même signaler que c’est William Shakespeare qui, avec Othello, a le premier parlé de Maure à Venise. Pouf pouf…

Autocroquis hebomadaire

      Pour expliquer, sans l’excuser, mon absence momentanée sur le ouais-beuh, une petite série de croquis que je dédis à tous mes camarades en costume qui s’agitent, à tort et à travers, dans toutes les usines du monde dit civilisé. La gestuelle ci-dessous, trop rapidement illustrée par mes soins limités, représente les cinq pas principaux de la parade nuptiale du jeune cadre dynamique. Etant de moins en moins jeune, j’admets compenser par un dynamisme exagéré. Au risque de choir. Car le pire dans tout ça c’est que je peins mieux que je ne courre. C’est dire !

croquis.jpg

     Lundi : L’espace entre l’ombre et le pied suggère que je suis capable de lévitation bouddhiste inopportune et gracieuse. Un talent qui jusque là m’avait échappé.
     Mardi : La coupe cintrée de la veste laisse à penser que j’ai des hanches de divinité africaine et le nombril dans le plexus solaire… Malheureusement, ce n’est pas totalement faux.
     MercrediAbsolument madame, il est tout à fait possible de courir avec une main dans la poche et un attaché case en guise de préservatif… c’est une question d’entrainement.
     Jeudi : Il est regrettable de n’avoir pas changé de cravate ! Il me semble en effet reconnaître ma jolie rouge en peau de lézard, celle assortie à mes yeux. En tous les cas je continue à faire preuve d’un goût vestimentaire douteux puisque j’ai troqué ma veste caca d’oie contre la blouse de Joseph Pagnol.
     Vendredi : Quelle audace dans le levé de jambes, un dirait un french cancan. Dommage d’avoir exagéré la tignasse. Disons qu’avec ces cheveux là, il faut souhaiter que ce soit vers mon coiffeur que je me précipite. Souhaitons lui bonne chance.

     C’est promis, la semaine prochaine je mets mon réveil à l’heure.

Mes amis les bêtes.

      Je précise que lorsque je dis mes amis les bêtes, je me réfère à Rintintin, Mickey, Flipper, ou Garfield. En effet, bien que la chose soit tentante, je n’aurai pas l’arrogance déplacée de qualifier d’imbécile le moindre de mes contemporains, qu’il soit sportif, politicien ou star télévisuelle.  Et si l’on parle de bêtise, autant le dire tout de suite, je me sens plus solidaire de Loana que d’Albert Einstein. Je n’ai pas honte d’admettre que j’ai compris le pourquoi des râles sensuels de la pulpeuse aux seins dressés alors que les théories toutes relatives du chevelu à la langue bien pendue m’échappent encore. J’en profite d’ailleurs pour me dissocier officiellement de la meute bien pensante qui sonne l’hallali sur les héros populaires de nos petits plaisirs télévisuels. Comment osent-ils affirmer que cette chère enfant a le regard triste et fatigué d’un bovidé toxicomane ; eux qui, en achetant du fromage à leur enfants, ne voient pas le piège abscond que cache le caractère enjoué et l’anthropomorphisme hypocrite de la Vache Qui Rit. 

      Bref, il ne faut pas voir dans mon amour des bêtes le signe flagrant d’un complexe de supériorité mais plutôt une autre manifestation de ma fainéantise picturale. Et oui que diantre ! Admettons le une fois pour toute : Il est cent fois plus facile de peindre un doberman anonyme qu’un obscur footballeur. D’abord, tous les lecteurs de l’équipe (et ils sont nombreux) trouveront un truc à dire à propos du portrait de leur idole alors qu’aucun propriétaire de chien n’aura de reproches à vous faire à partir du moment où le poil de la bête n’est pas vert et que vous avez su représenter le nombre adéquat de pattes. 

     D’ailleurs, voici deux magnifiques images de chien qui marquent le début de ma carrière de tatoueur. Elles ne feront probablement pas la couverture de « Mon chien magazine » mais elles assez proches de leurs modèles respectifs. Je le sais parce que j’ai pu en faire don sans déclencher d’embarras visibles auprès des heureux propriétaires canins. Je ne peux pas en dire autant de mon portrait de Jean-Pierre Papin qui à déclenché une hilarité générale au bar ‘Le but marseillais’ puisqu’on y a reconnu successivement Francis Lalane, Karl Marx et Sarkozy.   

     Voici donc un Rhodesian Ridgeback que j’ai nommé Cindy Crawford à cause de la mouche

 dog.jpg 

     Et un épagneul Cavalier King Charles que j’ai appelé Moshe Dayan à cause de l’oeil raté qui ressemble à un bandeau.

dog2.jpg

Lapalissades.

     Je connais extrêmement bien les fruits et les légumes ! Entre autres, et ce n’est pas pour me vanter, j’ai une grande maîtrise de la tomate. Surtout la rouge. Par ailleurs, et vous jugerez par vous-même, je me débrouille assez bien en pomme. Pourtant ‘la pomme ce n’est pas facile’ comme disait Monsieur Jospin qui n’a jamais digéré sa déconfiture chiraquienne.

     Pendant l’été 2008, pour faire oublier à mon entourage mon oisiveté naturelle et montrer un bon exemple à ma progéniture si facilement admirative, je me suis lancé dans ce que j’appelle ‘l’illustration intestinale’. Cela a valu à l’Histoire de la nature morte, les deux splendeurs ci-dessous. Splendeurs à tel point réalistes que plus aucun enfant de ma tribu n’ose, depuis, s’approcher d’un pinceau et qu’à la vue de ma grappe, certains critiques gastronomiques ont renoncé à leurs carrières.

pomme.jpgtomates.jpg

     Je sais, je sais ! Vous allez me dire que mes ombres sont trop grises et trop prononcées. J’entends déjà le fameux ‘ce n’est pas encore ça mon bonhomme, la complémentaire du rouge c’est le vert et bla bla bla, et bla bla bla…. Vous aurez raison et j’implore votre mansuétude. Non, ce qui me chagrine dans cette histoire ce n’est pas le fait que ma pomme ressemble à un kiwi sur le point de choir ou que mes tomates aient l’air d’une grappe de raisins ukrainiens. Non, ce n’est pas cela. D’ailleurs, quand on voit les Tournesols de Vincent V et leur allure de balais chiotte, je peux, moi aussi, prétendre à l’‘interprétation artistique’. Non, ce qui m’embête c’est le texte.

    La date, passe encore. Cela fera son effet en 2075 quand mes arrière petits-enfants se disputeront mon héritage. Mais les titres…… ‘Tomates’ … ‘Une pomme ‘  Qu’est-ce qu’il m’a pris de vouloir à tout prix identifier l’objet en question ? Certains aficionados de ce blog parleront peut être de rhétorique Magritienne mais j’en doute. Au contraire, j’ai bien peur que les générations d’exégètes à venir appellent cela ma période Lapalisse. Tant pis.

     Le pire c’est qu’il m’a fallu du temps pour m’apercevoir de cette impardonnable erreur. En effet, quelques jours plus tard, un samedi matin, alors que je prétextais d’un manque d’inspiration chronique pour ostensiblement m’abreuver de bière fraîche, ma toute douce, revenant du marché, et inquiète de mon embonpoint naissant, m’a nonchalamment proposé de peindre l’objet de ses emplettes. Des heures de labeur plus tard, j’accouchais péniblement de la merveille ci-dessous :

oignon.jpg

     A la vue de mon résultat, au lieu de l’exclamation admirative que l’on est en droit d’attendre d’une épouse respectueuse,  je n’ai eu, en retour, qu’un éclat de rire très discourtois et un cruel  »Aie ».  Et croyez moi sur parole, ce « Aie » là, n’était pas un cri de douleur.

     Depuis, M. PetitRenaud continue ses escapades alors que pour oublier la honte, je vis comme Sébastien Chabal : ermite hirsute et vorace, qui tel un Gengis Khan moderne, glisse son hamburger sous ses cuisses pour le maintenir au chaud dès qu’il quitte le drive-thru. De plus je prétends ne plus rien connaître aux légumes : Je propose de mettre du melon dans la ratatouille, je parle de rouge courgette et plus personne ne veut de moi dans une cuisine. Et surtout, surtout, je ne mets plus de titre à mes natures mortes.

     D’ailleurs, voilà les versions 2009:

pomme2.jpgnaturemortetomate.jpg

     L’absence de titre semble être le seul progrès, mais je persiste.

La grivoiserie des Belges.

    Tout le monde connait René Magritte. Enfin quand je dis tout le monde, j’exagère un peu. Il est tout de même moins fameux que Zinédine Zidane ou Barack Obama. Mais c’est quand même le peintre des bonhommes en habits noirs et chapeaux melons. Grâce à lui, de nos jours encore, tous les banquiers de la city peuvent ruiner l’économie mondiale et accélérer la fin du monde en se pavanant dans d’effrayants déguisements ; ils ne sont pas ridicules. Il a aussi peint des nuages dans des ciels bleus limpides. On en a fait depuis, des motifs de papier peint pour chambre de neurasthéniques en voie de rémission, motifs qui intéressent fortement France Télécom. Si vous devez le classifier, j’ai lu quelque part que c’était ‘un surréaliste faute de mieux’. Je ne vois pas en quoi faire mieux que surréaliste serait une faute mais j’admets qu’il fut meilleur peintre que footballeur.

     Ce que l’on sait moins c’est que c’était un sacré coquin. Prenons son fameux tableau ‘la trahison des images’. C’est celui où il indique, pour faire son malin, ‘Ceci n’est pas une pipe’. Je connais un poissonnier qui prétend que l’artiste, en juxtaposant ainsi un texte explicatif à une image réaliste, a voulu insister sur le fait qu’il s’agisse de la représentation d’une pipe et non pas l’objet lui-même. Effectivement, on peut se croire trahi par les images et je connais aussi un véliplanchiste platonicien qui y voit une allégorie du mythe de la caverne. D’autres encore (mais je les connais moins) y ont vu un premier essai pour une plus grande vérité. En effet, la trahison date de 1927 mais Monsieur Magritte, à la demande de son agent qui avait besoin d’acheter un chalet à Morzine, a récidivé en 1964 avec une huile sur toile intitulée ‘Ceci n’est pas une pomme’.

     Personnellement, je pense que René a été surpris par sa cuisinière alors qu’il mettait la touche finale à un tableau représentant les ébats amoureux d’un banquier en chapeau melon avec une femme de petite vertu particulièrement gourmande. Devant le regard courroucé de la brave matrone, le peintre a repris son tableau pour éxécuter une nature morte plus conventionnelle. Puis n’écoutant que son courage et parce qu’il restait de la place en bas, il a cru bon de préciser par un texte aussi sournois que grivois que le dessin sur la toile n’était pas son idée de départ.

    Afin de saluer à ma manière la grivoiserie des Belges, ci-dessous mon hommage à Monsieur René.

 naturemortepipe.jpg

PS : En 1948, René Magritte a aussi peint  trois œufs et une bougie. (La folle du Logis) je vous laisse le soin de vos interprétations, mais souvenez-vous que les Belges sont grivois. En tous les cas, ils le sont plus que les habitants de Grives (en Dordogne) ou les ouvrières spécialisées de St Claude (dans le Jura) et je les en félicite.

123456

L'Antre de Lockarius |
mélina réalisation |
laboiteabijoux |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Mon super cochon d'inde Titou
| CLUB DES JEUNES INTERCOMMUNAL
| osruto