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L’aubergine dans la littérature.

   Ô toi, dont la robe satin, d’une couleur sombre semblant du sang mêlé aux affres de la nuit, brille d’un feu profond, et ben, j’t’aime pas du tout et pi t’as le corps mou. J’admets que le grand Charles fit pour toi un poème mais moi, j’peux pas t’aimer par’sque t’es trop salée.

Dans les caveaux d’insondable tristesse
Où le Destin m’a déjà relégué ;
Où jamais n’entre un rayon rose et gai ;
Où, seul avec la Nuit, maussade hôtesse, 

Je suis comme un peintre qu’un Dieu moqueur
Condamne à peindre, hélas ! sur les ténèbres ;
Où, cuisinier aux appétits funèbres,
Je fais bouillir et je mange mon cœur, 

Par instant brille, et s’allonge, et s’étale
Un spectre fait de grâce et de splendeur.
A sa rêveuse allure orientale,

Quand il atteint sa totale grandeur,
Je reconnais ma belle visiteuse :
C’est Elle ! noire et pourtant lumineuse. 

aubergine.jpg 

     C’est beau, non ? Et ça l’est d’autant plus que M.Baudelaire déclarait ainsi sa passion dévorante (si j’ose dire) pour l’aubergine. Personne n’y vit rien et tout le monde s’extasia. J’vous jure ! Il était temps que je vous livre la vérité. D’ailleurs, si Charles avait vraiment osé, son livre se serait intitulé : « Les légumes du mal » et nous aurions plus facilement reconnu l’affreuse chose mauve quand il s’interrogeait ainsi (1) :
          ‘Es-tu le fruit d’automne aux saveurs souveraines ?

     Il se trouve que Charlie et moi, ne partageons pas le même goût pour cette étrangeté violette qui fait penser au pénis turgescent d’un vieux Schtroumpf aviné. Chaque été on voudrait me voir avaler la plus sombre des mauves herbes. C’est oublier que je suis du coté d’Häagen-Dazs et de Kronenbourg, et que j’exècre ce légume. Voilà pourquoi, j’ai cherché dans la littérature quelques allusions subtiles à ce succédané de vin en gelé. Allusions qui montrent que nombreux sont ceux qui ont discrètement parlé de cette nauséabonde et brillante ignominie. J’ai des potes qu’ont écrit des trucs, j’ai ouvert leurs bouquins, pris quelques pages au hasard et c’est édifiant : l’aubergine est partout.

     C’est d’elle dont parlait Aragon quand il disait (2)
           Avec vous pas besoin d’y aller de main morte
           Vous êtes ce manger que les corbeaux emportent ‘ 

     Blaise Cendrars qui devait en manger en pagaille ne les trouvait pas à son goût et n’hésitait à les décrire de la manière suivante (3) : 
     
     Ce sont de tout petits êtres qui sentent terriblement mauvais
          
Leur membrane est gluante 

     Il y eut même un esthète irlandais pour afficher clairement son dégout à l’égard de ce protozoaire mauve. C’est un peu confus (c’est un étranger, on lui pardonne) mais notez le « rien qui est noir mais germinatif » ! (4) 
           Les amoureux des chevaux et des femmes  
           Sauront bien déterrer, d’en dessous le marbre des tombes 
           Ou de la nuit d’entre le putois et la chouette  
           Ou du rien qui est noir mais germinatif…. 

     On ne sait plus de quel coté se trouve ce cher Jean Cassou, oublié depuis, mais qui disait cela à propos du légume lit de vin(4) : 
          
Une rose s’est noyée  
         
dans une coupe de vin, 
         
et, défaillante, effeuillée,  
         
elle exhale son destin. 

     Guillaume le divin, voyait dans l’aubergine une femme sans couleur, à la peau si brillante qu’elle était un miroir (6). Pourquoi pas. 
          
Frôlée par les ombres des morts
          
Sur l’herbe où le jour s’exténue
          L’arlequine s’est mise nue
 
         Et dans l’étang mire son corps

    Paul Eluard lui aussi savait que le vif éclat de sa coquille est bien trompeur. L’intérieur est pourri, il nous a mis en garde (7)
          
Pourquoi suis-je si belle ?  
         Parce que mon maître me lave. 

     Le comte de Lautréamont, que l’on a soupçonné (à tort) de fumer sa moquette, avait au moins le mérite d’être clair lorsqu’il en décrivit un couple de solanacées (merci Google) comme le monstrueux résultat d’une attaque de méduses sur son postérieur  (8) 
        
Elles ont regardé avec attention les deux parties charnues qui forment le derrière humain et, se cramponnant à leur galbe convexe,  elles les ont tellement écrasées par une pression constante, que les deux morceaux de chair ont disparu, tandis qu’il est resté deux monstres, sortis du royaume de la viscosité, égaux par la couleur, la forme et la férocité. 

    Bref, l’aubergine est célébrée par tous. Et ben tant pis, cela ne change rien, Solanum melongena non placet, moi j’aime pas ça. !

(1)    Charles Baudelaire : L’amour du mensonge (Les fleurs du Mal)
(2)    Aragon : sans titre (Le roman inachevé)
(3)    Blaise Cendras : Ornithichnites (Au cœur du monde)
(4)    W.B. Yeats : Les Gyres (quarante-cinq poèmes)
(5)    Jean Cassou :  la rose et le vin (la rose et le vin)
(6)    Appolinaire : Crépuscule (Alcools)
(7)    Paul Eluard : Les petits justes, II (capitale de la douleur)
(8)     Isidore Ducasse : chant quatrième (Les chants de Maldoror)

Fatima

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      »On dit qu’elle a souffert. Moi je ne sais pas. Mais j’ai vu son regard se poser sur mon fils quand elle a traversé le parc. Je crois qu’on a raison. »

Tonyglandil

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     Il se sait beau, il se sait riche mais n’y peut pas grand-chose. De toutes façons, il n’a pas de raisons de s’excuser ; ni pour la suffisance de son père, ni pour l’argent de sa famille. Il s’ennuie. Alors il collectionne les jolies filles et les costumes anglais. Sa mère trouve que cela lui sied à ravir ; les costumes surtout, mais les filles aussi. Je l’ai vu hier, affalé dans le grand fauteuil en cuir, rêvant le poing sous le menton, les yeux bleus dans le vide. A sa place, calé comme il l’était, j’aurais probablement gratté mes testicules. Lui, dévoilait avec nonchalance une très belle Patek Philippe en attendant bien patiemment qu’elle vienne. Il a vu Louise et a sourit. A chaque fois qu’il lui sourit, et il fait ça souvent, il affiche une denture impécable. Une élégante rangée de ratiches bien alignées, blanches et brillantes comme pour une pub de dentifrice. S’il était con, je l’appellerais Tonyglandil. Mais il est loin d’être con, et il le sait aussi. 

PS : ceci est une tentative de texte illustré, à la manière d’un grand Môsieur du Webe dont j’avais adoré l’ouvrage, s’il passe par là, qu’il n’y voit qu’un hommage.

Miroir, gentil miroir…

     Je viens de réaliser que l’urbanisme est la politesse des architectes, alors que l’urbanité est celle des citadins. Si la première s’en vient, la seconde s’en va.

     Ravi de mon jeu de mot dominical, j’ai pondu un couple d’hexamètres dactyliques terminant en spondée. En fait, il s’agit d’un piège pour étudiant en grec ancien un peu trop curieux et susceptible d’échouer sur mon blog après avoir épuisé Wikipédia. Sois gentil, mon ami, laisses moi donc un commentaire, j’ai eu un mal fou à te coincer.


Il y a près d’ici, un étang trop tranquille que l’on nomme, 
le lac,
et quand le ciel est bleu, sur son eau verte et calme, se reflètent, mes rêves.

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et toc.

Désespérer.

     4 janvier 1960, mort d’Albert CAMUS, une révoltante absurdité.

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Dédicace.

      A ceux qui s’interrogent encore sur la quiddité des lècheries gonadiques canines, je rappelle qu’il s’agit simplement de l’expression d’une liberté transcendantale…. Merci Manu.

« J’appelle transcendantale toute connaissance qui ne porte point en général sur les objets mais sur notre manière de les connaître, en tant que cela est possible à priori » Emmanuel Kant, la critique de la Raison Pure.

Romantisme et banc public.

     Je n’aime pas le Romantisme. Ni le premier, l’original, celui que l’on trouvait dans la poésie des jeunes allemands. Ceux-ci rêvaient de blondasses diaphanes et finissaient par transformer leurs désirs charnels inassouvis en actes aussi irrémédiables qu’imbéciles. Ni le suivant, porté par des peintres moins déprimés que britanniques. Ceux-là ont noyé de mièvre sensiblerie leurs pulsions hormonales sans avoir le courage de leur discours. Ni le troisième, celui où s’est exprimé le sentimentalisme des génies français. Ces derniers ont perverti leurs talents en  exagérant à outrance leurs sautes d’humeur, au point de devenir les incontestés champions du monde du nombrilisme.

     Ceci étant dit,  c’est l’automne en Bretagne et ailleurs (d’ailleurs). Le retour de la pluie, au lieu de trouver en moi une simple indifférence, a suscité une baisse de moral.  Voilà pourquoi, au lieu de simplement ressortir mon parapluie, j’ai décidé de me laisser aller en exprimant la plénitude de ma peine, l’étendue de ma passion et l’immensité mélancolique de mon malheur humide.  J’ai donc transformé mon agacement au sujet de la perte de mon pinceau en une douleur insupportable, quasi mystique. Puis j’ai vu dans la fin d’Interville un besoin de vachette que Secret Story a bien du mal à combler. Et enfin, j’ai écouté, dans le noir d’une chambre vide, l’intégrale des chansons de Mylène Farmer en pensant au temps qui passe et qui fane les roses. Alors, dans le brouillard naissant d’un torrent de larmes j’ai pu pondre une splendeur littéraire tellement lyrique qu’elle pourra sûrement faire de l’ombre à M. De Vigny.

     La voilà, illustrée par mes soins appliqués :

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     L’homme était sur le banc
     Le front vers ses deux pieds
     Et dans le soir tombant
     L’homme était résigné

Il chantait aux pigeons une chanson sans âge
Où il était question d’une ville noircie
Craquelée morcelée et d’une rue sans vie,
Silencieusement par les rats envahie
     Il ne reconnait pas
     Sa maison d’autrefois

Il criait aux pigeons une trop vieille rage
Qu’il semblait déverser sur ceux-là qu’il savait
Gras de trop d’abondance et si bien abrités
Derrière leurs regards lourds et leurs sourires crispés.
     Il ne reconnait plus
     Les frères qu’il a connu.

Il hurlait aux pigeons dans un autre langage
L’histoire de cette femme qu’il ne revit jamais
Mais dont il rêve encore, en fantôme hébété
Sans but et sans remord, par le métro craché.
     Et sans cesse il attend 
     Son bel amour d’avant.

Il se retrouve ici, au-delà de ses pleurs
Amer déçu, cynique, pauvre marin rêveur
     Sans envie de tempête,
     Sans espoir de conquête.

Alors il reste assis, solitaire échoué.

     Je rajoute pour conclure cette magnifique citation de Cioran dont les œuvres sont à la litérature enfantine ce qu’est le requiem de Mozart pour un DJ de banlieu : « Rater sa vie c’est accéder à la poésie sans le support du talent ».

Non à la drogue.

     Trêve de plaisanteries. Il faut parfois s’atteler à des sujets sérieux. Aujourd’hui, je voudrais parler de la prise de drogue dans la littérature. Il ne s’agit pas de commenter le besoin d’aspirine qui nous aide à finir les romans de Marcel Proust, ni des euphorisants qui nous épargnent la tentation suicidaire inspirée par les œuvres de Cioran. Encore moins de l’envie de bière fraîche que M. Delerme (père) nous instille insidieusement dans ses nouvelles. Non je parle de ces drogues dures et illicites dont les grands maîtres ont abusé et qui nous ont valu plus d’un chef d’œuvre.

     Moi aussi, cédant à la mode des paradis artificiels, j’ai souhaité faire un don au monde littéraire impatient en postant aujourd’hui, le résultat surréaliste de mes expérimentations. Il s’agit d’un poème intitulé « Chanson ». Malgré les passages répétés en anglais et l’allusion romantique à l’amour perdu, il n’a pas encore trouvé d’interprète dans la nouvelle scène française… et pour cause.

Un poisson jaune dans la neige,
Une lune grise parmi les arbres noirs
Et du métal glacé violé par la buée.
            All I see through my window 
            Are visions of chaos
Un long trait rouge dans l’herbe bleue,
Rivière de sang pour pélicans usés
Et des larmes de boue aux ventres des statues.
            All I see through my window 
            Are visions of chaos
Pas de bruits, pas d’éclairs mais des objets bancals,
Comme dans ce ciel livide, ces coquillages flottants
Et cet œil sans paupière qui roule à l’horizon.
            All I see through my window
            Are visions of chaos
Un bel oiseau, le cerveau transparent tourne,
Lentement, autour d’un enfant blond qui pleure, malade.
Mais l’oiseau meurt, ses trois ailes fondues
Sur le bois glauque d’un bateau fou.
Alors par la bouche ouverte du singe aveugle
Le chœur des rats s’envole, triste.
            All I see through my window 
            Are visions of chaos
           Oh my love, I violently need you. 

C’est quand même n’importe quoi ! Et en plus ca ne rime même pas.

Bref, c’est décidé, j’arrête les carambars….

Premier ajout.

     Hier, création du blog et donc pour démarrer voiçi en guise de tentative scripturale un petit pastiche de Cyrano que j’ai fait en novembre 2008 sur un forum pour répondre à la question  : 

Que faites-vous de vos aquarelles ?

Ah ! non ! c’est un peu court, jeune homme !
On pouvait dire… Oh ! Dieu !… bien des choses en somme…
En variant le ton, -par exemple, tenez
Agressif : « Moi, madame, et bien si c’est trop laid,
Il faudrait sur-le-champs que je les jetasse ! »
Amical : « Mais si jamais d’elles je me lasse
Discrètement parfois je les donne sous cape ! »
Descriptif : « C’est peut être un peu un handicap !
Mais je ne peux rien détruire, même les nulles.
Curieux : « Parfois aussi je les dissimule
Madame, dans de vieilles boîtes à chapeaux ? »
Gracieux : « j’aime à ce point les oiseaux
Que si dans mon dessin j’ai abîmé leur pattes
Je m’en vais les cacher en toute hâte »
Truculent : « Ca, madame, lorsque un nu déformé,
Semble sortir mouillé de ce trop blanc papier
Elles vont parfois finir au feu de cheminée ? »
Prévenant : « Gardez-vous, vos œuvres tant aimées
Pourraient sans protection être victimes d’un vol ! »
Tendre : « Faites-leur faire un petit parasol
De peur que leurs couleurs au soleil ne se fanent ! »
Pédant : « L’animal seul, madame, qu’Aristophane
Appelle Hippocampelephantocamélos
Pourrait de leur revente ne pas faire un négoce ! »
Cavalier : « Quoi, l’amie, cette œuvre est à la mode ?
Pour poser ses pinceaux, c’est vraiment très commode ! »
Emphatique : « Aucun vent ne peut, si vous les juger mal,
Les sécher tout entières, excepté le mistral ! »
Dramatique : « Quand j’en fais don, je saigne ! »
Admiratif : « Pour un avatar, quelle enseigne ! »
Lyrique : « Mais si vous les aimez, gardez les donc « 
Naïf : « cédez les au musée de l’art Breton »
Respectueux : « Souffrez, madame, qu’on les salue,
Dans une galerie avec pignon sur rue ! »
Campagnard : « Hé, ardé ! C’est-y à vous ? Nanain !
C’est queuqu faut tou garder mem queuqu’ c’est pas bain ! »
Militaire : « un don à la gendarmerie ? »
Pratique : « Voulez-vous les mettre en loterie ?
Assurément, madame, ce sera le gros lot ! »
Enfin parodiant Pyrame en un sanglot
« Encadrez les plus belles, et donnez les peut être
A ceux de vos amis qui croient bien vous connaître. 

-Voilà ce qu’à peu près, mon cher, vous auriez dit
Si vous aviez du temps juste avant la mi-nuit. 

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